Les rencontres

Les rencontres avec d’autres navigateurs et navigatrices constituent un des temps forts de la navigation telle que nous la pratiquons. Il s’agit d’une dimension que nous n’imaginions pas quand nous sommes partis en 2011. Ayant navigué auparavant sur des petits bateaux ou sur des bateaux de location nous étions le plus souvent avec un équipage nombreux et avions un programme ambitieux dans une durée limitée. Moyennant quoi nos rapports avec les autres plaisanciers que nous côtoyons étaient toujours superficiels.

Aujourd’hui nous naviguons à deux et avons presque toujours du temps devant nous, d’autre part nous naviguons en dehors des périodes d’affluence. Lorsque nous arrivons dans un port ou un mouillage nous repérons très rapidement le ou les bateaux de voyage des personnes qui naviguent comme nous et, surtout s’ils arborent un pavillon français, allons facilement vers eux.

Ces rencontres constituent une relation sociale d’un caractère tout à fait particulier, différent des relations que nous avons connus avant, qu’elles soient familiales, professionnelles ou de voisinage.

D’abord nous partageons la même passion et des préoccupations communes. Il est toujours intéressant de voir le bateau des autres, quelles solutions ont-ils apportées aux problèmes que nous avons tous? l’on s’aperçoit vite qu’il n’y a pas deux bateaux semblables et nous rapportons souvent de ces visites des idées d’amélioration ou de modification que nous pourrions appliquer à Ericante. Sans être vraiment chauvins quand nous rentrons à bord nous trouvons toujours que, finalement, même si c’est bien chez les autres, nous nous sentons mieux chez nous car nous avons choisi les compromis qui nous conviennent. Un confort certain sur un voilier sûr qui marche bien.

Mais les dimensions essentielles de ces relations sont d’une part l’abolition des frontières sociales, quelque soit leur origine et le type de bateau, nous rencontrons d’abord des navigateurs avec lesquels on communie sans enjeu ni compétition. Et d’autre part le coté éphémère de la rencontre, autorise une sincérité qui n’est pas de mise à terre. Le mensonge et l’hypocrisie n’ont pas leur place. On se croise, on se reverra probablement pas, bien qu’il n’y ait que «les montagnes qui ne se rencontrent jamais» comme nous l’a dit Papillon, solitaire, que nous avons croisé à Madère, aux Canaries puis aux Acores.